L’art du pan de bois et de l’encorbellement
Au-delà des rives de l’Agout, le centre historique de Castres dévoile un savoir-faire où le bois et la brique s’unissent pour défier le temps.
Au-delà des rives de l’Agout, le centre historique de Castres dévoile un savoir-faire où le bois et la brique s’unissent pour défier le temps.
Le pan de bois (ou colombage) forme l’ossature porteuse de la maison. À Castres, le chêne a souvent été recherché pour sa robustesse. Ce « squelette » supporte les planchers et la charpente, et autorise des façades plus légères qu’une construction entièrement en pierre.
Le remplissage entre les bois (le hourdis) est fréquemment réalisé en brique foraine — la brique plate du Midi toulousain — parfois disposée selon des motifs variés, selon les époques et les reprises. Cette brique, fabriquée à partir d’argiles locales et cuite dans des fours artisanaux, est bien adaptée à la construction urbaine : légère, économique et facile à mettre en œuvre entre les éléments de l’ossature bois.
Ce type de maison correspond à un habitat urbain de la fin du Moyen Âge et du début de l’époque moderne (XVe–XVIe siècles), lié aux milieux artisanaux et marchands. Le pan de bois permettait de construire rapidement, avec des matériaux disponibles localement, tout en autorisant des reprises et transformations au fil du temps.
On repère souvent des assemblages traditionnels (tenon et mortaise), maintenus par des chevilles de bois. Cette technique permet à la structure d’absorber de faibles mouvements (variations d’humidité et de température) sans se rompre.
Les façades étaient généralement protégées par un enduit à la chaux, composé de chaux aérienne, de sable de rivière et d’eau. La chaux était obtenue par la cuisson de pierres calcaires dans des fours, puis éteinte à l’eau avant usage. Cet enduit, respirant et souple, protégeait le bois tout en laissant s’évacuer l’humidité.
Certaines rénovations ont remis en valeur les bois, rendant visibles la géométrie des écharpes (poutres obliques) qui assurent le contreventement de la façade.
Dans des rues comme la rue des Bourciers, ces structures témoignent d’un bâti dense, souvent remanié. La coexistence de bois, de brique et d’enduits successifs révèle des phases d’entretien, de surélévation ou de réaménagement, plutôt qu’une construction figée.
L’encorbellement est une technique qui fait avancer un étage au-delà du niveau inférieur. Dans certaines rues du centre ancien, ces saillies sont particulièrement visibles.
L’avancée de l’étage repose généralement sur des corbeaux et solives en bois, intégrés au plancher. Ce système, courant dans les rues étroites, permettait de gagner de l’espace habitable sans modifier la largeur de la voie.
À Castres, ces encorbellements sont particulièrement visibles dans certaines rues de l’écusson ancien, comme la rue de la Chambre de l’Édit. Ils traduisent une adaptation pragmatique à la contrainte urbaine, avant que les règlements d’alignement modernes ne limitent ces avancées.
Pan de bois : Ossature porteuse composée de sablières, de poteaux et de décharges.
Brique foraine : Brique de terre cuite, large et peu épaisse, emblématique du Tarn.
Encorbellement : Construction en surplomb, portée par des corbeaux ou des solives saillantes.
Écharpe : Pièce oblique assurant le contreventement d’un pan de bois.
Hourdis : Matériau de remplissage (brique, torchis) entre les éléments de l'ossature bois.
Contreventement : Dispositif (souvent des poutres en diagonale) destiné à assurer la stabilité de la structure face au vent.
Sablière : Poutre horizontale sur laquelle reposent les solives ou les poteaux.
Corbeau : Élément en saillie (bois ou pierre) qui porte une avancée ou un encorbellement.